Portrait

 

D’après un portrait réalisé par Mathieu LIVOREIL paru dans L’Union.

Non, ce n’est pas un pseudo. Francis Gimgembre (avec deux « m », contrairement à l’épice), 59 ans, utilise depuis 1997 les épices pour réaliser des « peintures olfactives ».
Un concept dont il fut le pionnier. Puisque ce Carolo, désormais tout occupé à finaliser son premier roman, a raccroché les pinceaux depuis quelques années, ce blog s’apparente, selon l’intéressé, à une « petite rétrospective, un déstockage en fait » sur cette œuvre foisonnante, singulière et cohérente.

Francis Gimgembre : « je dois être un fossile ».

Retour en arrière. Gimgembre, dont le père peignait à ses heures perdues, démarra par la peinture à l’huile. « Tout ce qui me passait sous les yeux depuis l’âge de 11 ans », se rappelle-t-il. Puis, après la bohème des seventies, se met à utiliser d’autres matériaux, réalise des collages – certains sont exposés à Caractères.
« En 1995, je cherchais encore mon grand projet, confie-t-il en mimant les guillemets avec ses mains. Dans ma quête identitaire, je pensais à mon nom, comment relier les arts – cette idée m’a toujours fait cogiter… Et un jour, en faisant le marché à Saint-Denis près de mon atelier, j’ai trouvé que les épices se rapprochaient des pigments que j’utilisais dans mes peintures ». Et voilà qu’il les achète par kilos. « C’était plus cher que la peinture », sourit-il. Des colles inodores et transparentes relient le tout. Cette recette de « boue d’épices » finira par être brevetée.
Dans un milieu artistique avide de nouveauté et pressé de ringardiser, ses premières expositions olfactives lui assurent son heure de gloire, critique et médiatique.
Aujourd’hui, il ne cache pas sa révolte face au « diktat » des détenteurs du bon goût, microcosme médiatico-culturel. « A notre époque, il n’y a plus d’avant-garde, seulement un côté. Il faut être absolument moderne, s’anime-t-il. Je crois à la peinture, à mon travail mais tout ça devenait douloureux ».
On allait oublier : depuis cinq ans, Francis Gimgembre travaille à l’Opéra de Paris où il réalise des décors. Le dernier fut « un grand champ de cannabis ». Et enfin, les épices arrivent parfois jusqu’à son assiette.